C'est la réforme institutionnelle la plus souvent promise, et la plus rarement faite. Sur Swipe ton vote, l'affirmation « Il faut introduire une forte dose de proportionnelle aux élections législatives » recueille 75 % d'accord parmi les testeurs qui se prononcent. Mais elle détient aussi un autre record : près d'un testeur sur deux (47 %) répond « je sais pas », signe que le fonctionnement des modes de scrutin reste mal connu. Voici l'essentiel.
Le système actuel : le scrutin majoritaire à deux tours
Les 577 députés sont élus dans 577 circonscriptions, une par siège. Dans chacune, c'est le scrutin uninominal majoritaire à deux tours :
- est élu dès le premier tour le candidat qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés et au moins 25 % des électeurs inscrits ;
- sinon, un second tour est organisé entre les candidats ayant réuni au moins 12,5 % des inscrits ; celui qui arrive en tête est élu.
Ce système favorise les partis capables de gagner des duels et de nouer des alliances. Il tend à amplifier la victoire du parti arrivé en tête : en 2017, la majorité présidentielle a obtenu environ 60 % des sièges avec 32 % des voix au premier tour.
La proportionnelle : des sièges à l'image des voix
Avec un scrutin proportionnel, les électeurs votent pour des listes, et les sièges sont répartis selon le pourcentage de voix obtenu par chacune. Un parti à 20 % obtient environ 20 % des sièges. Des seuils sont généralement fixés pour éviter un émiettement extrême : 5 % des voix aux élections européennes en France, par exemple.
La France l'utilise déjà pour plusieurs élections : européennes (liste nationale, 81 sièges en 2024), régionales et municipales (scrutins de liste avec une prime majoritaire pour la liste arrivée en tête), et une partie des sénatoriales.
Le précédent de 1986
La proportionnelle n'a été appliquée qu'une seule fois aux législatives sous la Ve République : en 1986, au scrutin de liste départemental. Elle a notamment permis l'entrée de 35 députés du Front national à l'Assemblée. Le scrutin majoritaire a été rétabli dès les élections de 1988.
La « dose » de proportionnelle : un compromis
Entre les deux systèmes, beaucoup de projets proposent un système mixte : la majorité des députés resterait élue par circonscription, et une fraction des sièges serait répartie à la proportionnelle. L'Allemagne pratique un système mixte où la proportionnelle détermine le poids final de chaque parti, avec un seuil de 5 %. En France, les projets successifs depuis 2017 ont évoqué des doses de 10 % à 25 % des sièges, sans aboutir.
Les arguments du débat
Les défenseurs de la proportionnelle mettent en avant une Assemblée plus représentative de la diversité des votes, la fin du « vote utile » contraint et une incitation au compromis entre partis. Ses opposants redoutent des majorités introuvables, des coalitions négociées après le scrutin plutôt que choisies par les électeurs, et un lien plus faible entre le député et son territoire. Depuis 2022, l'absence de majorité absolue à l'Assemblée a relancé le débat dans les deux sens : certains y voient la preuve qu'il faut apprendre les coalitions, d'autres celle qu'il faut au contraire préserver le fait majoritaire.
Les positions des partis figurent dans le comparatif des programmes sur les institutions ; pour les termes voisins (49.3, RIC, Ve République), consultez notre lexique politique. Et pour savoir si vous penchez vers la stabilité des institutions ou vers leur refonte, passez le test.