Europe et politique internationale : qui propose quoi ?
Primauté du droit européen, guerre en Ukraine, défense commune, élargissement, libre-échange : la place de la France en Europe et dans le monde divise profondément les partis, du fédéralisme assumé au souverainisme intégral, en passant par la « désobéissance » sélective aux traités. Cette page compare les positions européennes et internationales des 9 grands partis français, telles qu'exprimées dans leurs programmes de 2022, de 2024 et leurs textes actuels.
Rassemblement National
Le Rassemblement national a abandonné le Frexit et la sortie de l'euro défendus avant 2017 au profit d'une transformation de l'UE de l'intérieur, vers une « Alliance européenne des nations » inspirée de l'Europe du général de Gaulle. Il défend la primauté de la Constitution française sur le droit européen, la restriction de Schengen aux ressortissants européens, le refus de tout élargissement (Ukraine, Turquie, Balkans) et la baisse de la contribution française au budget de l'UE. Sur l'Ukraine, le parti condamne l'agression russe mais a refusé la plupart des aides financières et militaires à Kiev et s'oppose à son adhésion à l'UE, une position qualifiée d'ambiguë par plusieurs médias.
- Affirmer la primauté de la Constitution française sur le droit européen
- Réserver la libre circulation de Schengen aux ressortissants européens
- Refuser tout élargissement de l'UE (Ukraine, Turquie, Balkans)
Reconquête
Reconquête défend une « Europe des nations et de la civilisation » de type confédéral : primauté du droit national, sanctuarisation du droit de veto des États, subsidiarité, refus de tout élargissement et de tout impôt européen. Le programme des européennes 2024 proposait de supprimer la Commission européenne au profit d'un secrétariat placé sous l'autorité du Conseil, et misait sur une alliance des droites autour du groupe ECR (Conservateurs et réformistes européens). Sur le plan international, le parti prône une France « puissance d'équilibre » : sortie du commandement intégré de l'OTAN, dialogue avec la Russie pour rétablir la paix en Ukraine et refus d'une armée européenne.
- Supprimer la Commission européenne au profit d'un secrétariat sous le Conseil
- Bâtir une Europe confédérale des nations : veto, subsidiarité, refus de tout élargissement
- Refuser tout impôt européen et baisser de 20 % la contribution française au budget de l'UE
Les Républicains
Les Républicains défendent une « Europe des nations » puissante mais respectueuse des souverainetés : refus du fédéralisme, primauté de la Constitution française sur le droit européen dans les domaines régaliens, refonte de Schengen et renforcement massif de Frontex. Le parti soutient l'Ukraine face à la Russie et une hausse des budgets de défense, tout en refusant une armée européenne intégrée et le partage de la dissuasion nucléaire. Sur le commerce, LR rejette les accords CETA et Mercosur en l'état et exige des clauses de réciprocité systématiques. Le parti s'oppose à tout élargissement de l'UE avant sa « consolidation » et demande l'arrêt définitif des négociations d'adhésion avec la Turquie.
- Affirmer la primauté de la Constitution française sur le droit européen
- Renégocier Schengen et renforcer massivement Frontex
- Refuser l'élargissement de l'UE et clore l'adhésion de la Turquie
Horizons
Horizons s'inscrit dans une ligne résolument pro-européenne héritée de la majorité présidentielle : le parti soutenait en 2024 la liste commune « Besoin d'Europe », qui proposait un fonds européen de défense de 100 milliards d'euros et un « Plan Europe 2030 » de 1 000 milliards d'investissements. Pour 2027, Édouard Philippe défend un soutien durable à l'Ukraine, dont il soutient l'entrée dans l'OTAN, le renforcement massif de la défense nationale (réservistes, drones, munitions) et une souveraineté technologique européenne (« Buy European Tech Act », infrastructure d'IA souveraine).
- Europe de la défense : fonds de 100 Md€ et budgets à 3 % du PIB d'ici 2030
- Soutien à l'Ukraine « jusqu'à ce que les conditions de la paix » soient réunies
- Favorable à l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN
Renaissance
L'Europe est le marqueur identitaire de Renaissance, membre de la famille Renew. Le parti défend la « souveraineté européenne » théorisée par Emmanuel Macron dans ses discours de la Sorbonne (2017 et 2024) : défense commune, préférence européenne industrielle, autonomie énergétique et technologique. La liste Besoin d'Europe portait en 2024 un fonds de 100 milliards d'euros pour l'industrie de défense et un « European Buy Act ». Le soutien à l'Ukraine « aussi longtemps que nécessaire », l'ancrage dans l'OTAN et la dissuasion nucléaire complètent cette doctrine.
- Souveraineté européenne : « Europe puissance » face au risque de déclassement
- Défense commune : fonds de 100 milliards d'euros et force de réaction rapide
- Ukraine : soutien militaire et financier durable face à l'agression russe
Parti Socialiste
Sous l'impulsion de la liste Réveiller l'Europe menée par Raphaël Glucksmann (13,83 % aux européennes 2024), le PS assume une ligne résolument europhile et atlantico-critique : soutien indéfectible à l'Ukraine financé par les avoirs russes gelés, construction d'une défense européenne autonome, Europe sociale et protectionnisme écologique via un « Buy European Act ». Le parti combat l'accord UE-Mercosur et les logiques d'austérité budgétaire, et défend un approfondissement fédéral de l'Union : fin du veto des États, droit d'initiative du Parlement européen et budget commun renforcé.
- Mobiliser les 206 milliards d'euros d'avoirs russes gelés pour l'Ukraine
- Créer un fonds européen de défense de 100 milliards d'euros
- Bloquer l'accord UE-Mercosur et sortir des accords de libre-échange climaticides
Les Écologistes
Les Écologistes sont un parti pro-européen assumant un horizon fédéral : ils défendent une constituante européenne, des listes transnationales, la fin de l'unanimité au Conseil et un traité environnemental européen. Ils refusent les accords de libre-échange type Mercosur et CETA, jugés incompatibles avec le climat et l'agriculture locale, et soutiennent l'Ukraine, y compris militairement, face à l'agression russe. Le programme 2027 promeut une Europe fédérale dotée d'une défense commune, la reconnaissance de l'État de Palestine et l'interdiction en Europe des produits issus des colonies israéliennes. Aux législatives 2024, ces positions ont été portées via le programme commun du Nouveau Front populaire.
- Aller vers une Europe fédérale via une constituante européenne
- Refuser les traités de libre-échange Mercosur et CETA
- Soutenir l'Ukraine, y compris militairement, face à la Russie
La France Insoumise
La France insoumise défend une politique internationale de « non-alignement » et d'indépendance : désobéissance aux règles européennes jugées incompatibles avec son programme (stratégie dite du « plan A / plan B »), sortie des alliances militaires permanentes dont l'OTAN, refus du libre-échange au profit d'un protectionnisme écologique et renforcement de l'ONU. Sur l'Ukraine, le parti condamne l'invasion russe mais privilégie le cessez-le-feu et une conférence de paix, ligne distincte du programme commun du NFP de 2024 qui affirmait un soutien « indéfectible » incluant les livraisons d'armes. Sur Gaza, LFI réclame un cessez-le-feu immédiat et la reconnaissance de l'État de Palestine.
- Désobéir aux traités européens incompatibles avec le programme
- Sortir des alliances militaires permanentes, dont l'OTAN
- Ukraine : cessez-le-feu et conférence de paix sous égide OSCE et ONU
Parti Communiste Français
Le PCF porte une critique radicale de la construction européenne actuelle : il propose de désobéir aux traités qui organisent selon lui austérité et dumping social, pour refonder l'Union sur la coopération et la souveraineté populaire, sans sortir de l'UE ni de l'euro, qu'il veut transformer avec la BCE. Le parti demande la sortie du commandement intégré de l'OTAN puis de l'alliance, au profit d'une sécurité collective paneuropéenne. Sur l'Ukraine, il tient une position singulière à gauche : soutien à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations sous égide de l'ONU, refus de l'escalade militaire et de « l'économie de guerre ».
- Désobéir aux traités européens et refonder l'Union sur de nouvelles bases
- Transformer l'euro et la BCE plutôt que sortir de la monnaie unique
- Sortir du commandement intégré de l'OTAN, puis de l'alliance
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